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Kinshasa : la révision constitutionnelle sème la discorde au sein de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social, UDPS.

L’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), parti au pouvoir en République Démocratique du Congo, se trouve une nouvelle fois au centre d’une vive polémique.
Cette fois, il s’agit de la révision de la Constitution de 2006, une question qui pourrait diviser profondément les hautes sphères du parti présidentiel.

Dans une circulaire datée du 11 octobre 2024, Augustin Kabuya, président intérimaire du parti, a rappelé l’opposition historique de l’UDPS à la Constitution de 2006, adoptée malgré le boycott du parti. Selon lui, cette Constitution a montré ses limites dans la gestion du pouvoir public et nécessite aujourd’hui une révision en profondeur. Citant le « testament » politique du fondateur du parti, Étienne Tshisekedi, Kabuya affirme que l’UDPS a promis au peuple congolais de revenir sur cette Constitution une fois au pouvoir. Il considère donc qu’il est temps de respecter cette promesse électorale en adaptant le texte aux réalités congolaises actuelles.

Kabuya appelle les militants du parti, qu’il désigne affectueusement comme « combattants », à se mobiliser pour sensibiliser la base sur l’importance de ce processus de révision. Il insiste sur l’urgence de la situation, soulignant que la réforme constitutionnelle est indispensable pour le progrès de la société congolaise.

Deux jours après cette circulaire, Déo Bizibu, secrétaire général intérimaire de l’UDPS, a vivement réagi lors d’un meeting tenu le 13 octobre à Kinshasa.

S’adressant à une foule rassemblée au terrain Okal, dans la commune de Lingwala, Déo Bizibu a contesté la légitimité d’Augustin Kabuya à engager le parti sur une question aussi cruciale que la révision de la Constitution. « Augustin Kabuya n’a pas qualité d’engager l’UDPS », a-t-il affirmé, précisant que l’ère où une seule personne pouvait prendre des décisions au nom du parti est révolue.

Déo Bizibu affirme que, toute décision de cette ampleur doit faire l’objet d’une concertation préalable avec les organes compétents du parti, à savoir la présidence, la CDP, la CEP, ainsi que la haute autorité de référence, Félix Tshisekedi, président du parti actuellement empêché en raison de ses fonctions présidentielles. Il a insisté sur la nécessité d’une discussion collective avant de prendre une position officielle sur la révision constitutionnelle.

Ces déclarations opposées révèlent une division au sein de l’UDPS, un parti réputé autrefois pour son unité sous la direction charismatique d’Étienne Tshisekedi.

D’un côté, Augustin Kabuya se présente comme le gardien du testament politique du fondateur, appelant à une action immédiate pour réviser la Constitution et réaliser une promesse historique. Il semble ainsi vouloir incarner le dynamisme et l’audace d’un parti en mouvement, prêt à prendre des décisions fortes pour réformer le pays. De l’autre côté, Déo Bizibu défend une approche plus collégiale, insistant sur le respect des procédures internes et sur l’importance de consulter le président Félix Tshisekedi avant toute initiative.

Cette discorde intervient à un moment crucial pour l’UDPS, alors que le parti doit gérer les défis inhérents à la gouvernance du pays. Si les divergences ne sont pas rapidement résolues, elles pourraient non seulement affaiblir l’unité interne, mais aussi impacter la crédibilité du parti auprès de l’opinion publique.

La question de la révision de la Constitution de 2006 est depuis longtemps un point de discorde au sein de la classe politique congolaise. Certains estiment qu’elle est indispensable pour permettre une meilleure gouvernance et répondre aux besoins actuels du pays, tandis que d’autres craignent qu’une telle révision ne serve qu’à renforcer le pouvoir en place en pliant la Loi Fondamentale du pays à leurs desiderata.

Pour l’instant, l’UDPS semble à la croisée des chemins. La suite des événements dépendra en grande partie de la capacité des dirigeants à aplanir leurs divergences et à définir une position claire, qui soit à la fois en phase avec les aspirations des militants et respectueuse des procédures internes du parti.

Alain Ngabo Ya Kajemba.

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