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Kinshasa : « Le scientifique n’est pas seulement à l’université » : le Professeur Dr Gilbert Kabanda déconstruit l’élitisme scientifique et ouvre la science congolaise aux savoirs traditionnels

Lors du lancement du pré-forum du génie scientifique congolais au Palais du Peuple ce lundi 14 juillet, Ministre de la Recherche Scientifique et Innovation Technologique, a surpris l’assistance par une prise de parole audacieuse, décomplexée, profondément inclusive.

Délaissant les discours convenus, le Prof Dr Gilbert Kabanda a opté pour une exhortation vibrante en faveur d’une science ouverte, enracinée et populaire. Un moment rare où la parole d’un ministre a résonné au-delà des murs d’une salle, jusque dans les cœurs des villages les plus reculés de la République.

« Le scientifique ne se trouve pas uniquement à l’université. Il se trouve dans les cerveaux. Même sans diplôme, on peut être inventeur. » a déclaré le Ministre.

Par ces mots, le ministre a brisé un tabou. Dans un pays où la connaissance est trop souvent perçue comme le monopole d’une élite académique, il a rouvert les portes du savoir à tous les citoyens : artisans, cultivateurs, guérisseurs traditionnels, jeunes sans formation universitaire, porteurs d’idées innovantes mais jamais écoutés.

Dans une formule qui a fait mouche, le Professeur Kabanda a affirmé que : « Le fétichisme caché dans le cerveau du féticheur est aussi une science. Il faut l’extérioriser, l’amener dans les laboratoires, la traduire en inventions. »

Loin d’être une provocation, cette déclaration marque une rupture épistémologique. Elle reconnaît la valeur cognitive des savoirs traditionnels longtemps marginalisés, souvent réduits au silence par des siècles de colonisation, de stigmatisation religieuse ou d’ignorance académique.

Le message du ministre est clair : les pratiques ancestrales congolaises ne sont pas archaïques par nature. Elles sont souvent porteuses d’ingéniosité, de techniques empiriques, de solutions locales – qui, une fois confrontées aux méthodes scientifiques modernes, peuvent produire de véritables innovations.

Ce plaidoyer pour une science populaire s’inscrit dans un projet politique plus large de souveraineté nationale. Car pour Gilbert Kabanda, il ne s’agit pas seulement d’encourager les savoirs populaires pour faire joli ou folklorique. Il s’agit de mobiliser toutes les formes d’intelligence disponibles sur le territoire congolais pour bâtir un développement autonome, endogène, durable. Ainsi, il a affirmé à ce propos : « Décomplexons-nous ! Découvrons ce que nous avons au fond du cerveau et que la nation attend pour devenir ce que l’humanité espère d’elle. »

Le ministre ne se contente pas d’ouvrir les portes. Il prévoit aussi des passerelles concrètes entre les porteurs de savoirs empiriques et le monde de la recherche formelle. Il propose une logique de co-construction : que les détenteurs de connaissances orales et les scientifiques formés collaborent pour traduire ces savoirs, les structurer et, pourquoi pas, les industrialiser.

C’est dans ce cadre que l’Incubateur du Génie Scientifique Congolais s’apprête à devenir l’Agence de Promotion du Génie Scientifique Congolais, une institution qui jouera le rôle de médiateur, de soutien, et d’accompagnateur dans ce dialogue entre les savoirs.

En déconstruisant l’élitisme scientifique, le Professeur Gilbert Kabanda n’a pas seulement lancé un pré-forum. Il a lancé un signal fort : celui d’une science nationale débureaucratisée, accessible, plurielle, capable de parler au cœur du Congo profond.

Il faudra bien sûr plus qu’un discours pour changer les mentalités et structurer cette ambition. Mais ce lundi, dans la Salle des Spectacles du Palais du Peuple, un nouveau pacte entre la République et ses génies cachés a peut-être été scellé.

Alain Ngabo Kajemba

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