Des miliciens Mobondo sèment terreur et désolation dans les environs de la concession de IBI, sur le Plateau des Batéké. Ces hors la loi ont fait irruption récemment dans le village de Duale, s’en prenant à des travailleurs agricoles.
Un jeune abatteur de bois a été tué à la machette près de la piste 1 et, son corps a ete brûlé. Un autre homme, employé de l’ONG ACADEC, a été grièvement blessé au cou, au poignet et aux jambes, dont l’une fracturée – avant d’être sauvé de justesse et transporté vers un centre de santé.
C’est une section des FARDC stationnée à Duale Mitterrand qui a retrouvé le corps mutilé de la première victime, originaire du Bandundu. Compte tenu de son état de décomposition, il a été inhumé sur place.
IBI, nouvelle base stratégique des Mobondo
Selon des sources concordantes, plusieurs miliciens Mobondo s’installent à IBI où ils occupent trois villas abandonnées par la famille Mushiete. Sur ce site forestier, ils exploitent du bois – acacias, des eucalyptus, sapins, et d’autres espèces locales pour produire de la braise, une activité lucrative à Kinshasa. Leurs actions seraient facilitées par la complicité de certains responsables militaires basés à Mbankana, qui partageraient les revenus issus de la vente de la braise au marché de la Liberté, avec escorte militaire à l’appui.
Le système est bien rodé : les Mobondo abattent les arbres et produisent la braise, leurs complices chauffeurs transportent les sacs vers la ville, où l’argent récolté finance vivres et matériel. Le même principe de partage s’applique lors de leurs razzias contre les fermes locales – bétail, groupes électrogènes, panneaux solaires sont systématiquement pillés.
Un climat d’impunité malgré les efforts militaires
Après une offensive conduite par le lieutenant-colonel Daddy Nyumbaisha Olenga, plusieurs villages dont Talangai et Muliono avaient retrouvé une relative stabilité. Le colonel, réputé auprès des populations Teke pour sa lutte contre les Mobondo, a été suspendu pour avoir tenté un dialogue avec leurs chefs – une tentative mal perçue dans certains cercles militaires.
Pendant ce temps, à Mbankana, des voix justifient les contacts avec les Mobondo en les considérant comme une « réserve militaire ». Une position controversée, alors que les miliciens continuent de tuer, piller, et empêcher toute activité agricole.
La désolation autour d’IBI malgré l’opération Ngemba
Le Conseil des ministres, réuni le 2 mai 2025, a salué les avancées de l’opération Ngemba menée par les FARDC contre les Mobondo. Elle tend vers sa phase finale, avec une concentration des actions dans le territoire de Popokabaka et une partie du Plateau des Batéké. Le gouvernement promet d’intensifier les actions civilo-militaires pour favoriser une réconciliation entre les peuples Teke et Yaka.
Pourtant, à IBI, le constat est amer : champs abandonnés, villages désertés, familles déplacées vivant de mendicité sur les marchés de Tshangu, du marché de la Liberté à Matamba. Des femmes et hommes qui vivaient du manioc, du miel sauvage ou encore du safou sont réduits à l’errance. Les Mobondo ont égorgé de nombreux Teke dans une indifférence quasi générale. Aucune donnée officielle ne recense les victimes.
Le charbon, nouvel or noir des Mobondo
Alors que dans l’Est du pays, ce sont les minerais qui alimentent les conflits armés, sur le Plateau des Batéké, c’est le charbon de bois. La forte demande urbaine (près de 90 % des ménages kinois en dépendent) et le prix élevé du sac (15 à 25 USD) créent un commerce aussi lucratif qu’écocidaire.
Face à la déstabilisation d’IBI et à l’arrêt du projet GI Agro, autrefois vitrine de l’agroforesterie durable, la production locale est en chute. Le charbon vert d’Ibi, Mampu et Ntsio cède la place au bois dur (Mikwati) venu du Bandundu, Kikwit, voire Tshikapa. Chaque jour, des dizaines de camions évitent désormais le Kongo-Central pour rejoindre Kinshasa via ces axes, accélérant la disparition des forêts. Résultat : inondations, routes coupées, climat détraqué… et silence des autorités.
La fin d’un rêve agroécologique ?
IBI, autrefois reconnu par les Nations Unies comme seul projet de puits de carbone forestier officiel en RDC, accueillait étudiants, chercheurs, partenaires étrangers. Aujourd’hui, tout a été pillé. Le professeur Jean Lejoly, pilier scientifique du projet, a quitté la RDC en 2024. La communauté scientifique y a perdu une figure majeure.
L’ONG ACADEC résiste néanmoins, depuis Duale : apiculture, bananeraies, accès à l’eau, école et centre de santé sont maintenus. Cette présence humaine semble être le dernier rempart contre le crime environnemental qui se généralise à Ibi.
Entre silence et intérêts mafieux
Pendant que les Mobondo poursuivent leur expansion, certains acteurs politiques ferment les yeux, voire soutiennent discrètement ces miliciens. Dans cette confusion d’intérêts financiers, le Plateau des Batéké se vide, sa population en fuite, sa production agricole en chute libre. Kinshasa s’approvisionne désormais en manioc et chikwange venus d’Angola.
Seul Mufuma, alias Zed, agriculteur Yaka protégé par les siens, continue ses activités grâce à sa capacité à « coopérer » avec les miliciens. Son modèle, bien que controversé, est le seul encore debout dans la zone, et son engagement devrait être reconnu.
À IBI, à seulement 135 km de Kinshasa, l’espoir d’un modèle agroécologique est remplacé par le chaos. Le Plateau des Batéké devient un nouveau Far-West, ou plutôt un « faux Plateau de Lunda », comme l’appellent désormais les Mobondo. Pour ceux qui croient encore à une paix durable sur ces terres, le combat ne fait que commencer.
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