Excellence ,
L’ honneur d’ un ancien Chef d’ État ne réside pas dans l’ombre des collines de l’ Est , mais dans la lumière du rôle de sage.
Je prends la plume avec un profond sentiment de gravité et d’inquiétude, mêlé d’un devoir moral que m’impose ma qualité d’homme d’État, mais surtout de citoyen qui aime ardemment ce pays que vous avez eu à diriger pendant près de deux décennies. Des rumeurs persistantes, des silences lourds ,des signes troublants !
Votre long séjour à l’étranger, assimilé par beaucoup à un exil volontaire, votre intention supposée de rentrer par l’Est ,plus précisément par Goma , région ravagée par la guerre, et vos récentes prises de position qui laissent entrevoir une certaine accointance et bienveillance envers le M23, ont fini par installer un malaise dans les esprits. Certains vont jusqu’à suggérer que vous seriez, dans l’ombre, le véritable maître de ce mouvement rebelle.
Je vous écris, non pour accuser, mais pour alerter. Non pour juger, mais pour conseiller. Non pour polémiquer, mais pour espérer encore.
Excellence,
Peut-il être profitable, pour un ancien PR de porter la veste d’un chef rebelle, fût-ce en silence ou par procuration ? Peut-on avoir incarné l’État et, un jour, prendre le risque de le trahir ? L’histoire de ce monde est sévère avec ceux qui se sont laissé emporter par les passions tristes : la rancune, la vengeance, l’amertume.
Le monde n’a presque jamais connu de chef d’État revenu vers sa patrie par les armes, sans y laisser son honneur et parfois son destin. On évoquera peut-être Charles Taylor ,l’ ancien président libérien devenu chef de milice ,mais il a fini ses jours politiques devant le tribunal spécial pour la Sierra Leone . Il inspire la tristesse et l’ embarras. Un exemple de ce qu’il ne faut pas faire.
En Afrique comme ailleurs, la tradition consacre plutôt une autre figure: Celle de l’ancien président transformé en sage . On pense à Olusegun Obasanjo , médiateur de paix en Afrique de l’ Ouest ,à Joaquim Chissano au Mozambique, devenu homme de dialogue, ou encore à Thabo Mbeki , artisan discret de la résolution de conflits au Soudan et ailleurs.
Ces hommes ont compris que la grandeur ne se conquiert pas seulement au pouvoir, mais dans l’attitude qu’on adopte une fois celui-ci quitté.
Votre rang de sénateur à vie vous place au-dessus du tumulte. Vous n’avez ni été poussé à l’ exile, ni poursuivi, ni réduit au silence. Pourquoi alors, choisir le chemin des montagnes et des collines de l’Est, fief d’une rébellion honnie par le peuple congolais ? Pourquoi descendre dans l’arène sombre des règlements de compte, quand vous pouvez être cette voix de sagesse que le Congo attend ?
Je ne crois pas que l’ancien président que vous êtes veuille finir comme un aventurier de l’ombre. Je veux croire que vous avez encore à cœur l’intérêt supérieur de la République. Et si, d’aventure, la douleur ou la frustration vous anime, je vous supplie de la transformer en hauteur morale. Ce que vous ne pouvez plus obtenir dans les urnes, vous ne l’obtiendrez jamais dans les forêts de Rutshuru. Et ce que vous pourriez perdre dans une aventure hasardeuse, c’est le capital moral que des années de pouvoir vous ont donné.
Je vous conjure de renoncer à toute tentation de la rébellion. Le Congo a besoin de paix. Il a besoin d’hommes de sagesse. Il a besoin d’un Kabila nouveau, élevé au-dessus des querelles, dépositaire d’une parole rare et précieuse. Devenez ce patriarche respecté que l’Afrique pourra consulter. Offrez à votre nom le destin d’un bâtisseur de paix, et non celui d’un stratège de l’ombre.
L’Histoire vous regarde. Elle vous attend. Elle espère encore vous accueillir par la grande porte.
Le Congo vous observe, l’Afrique vous interpelle, et l’histoire attend votre choix. Méditez.
Avec tout le respect dû à votre rang, et tout l’amour que je porte à la République Démocratique du Congo.
Kinshasa, 12 avril 2025
Honorable Steve Mbikayi

