Honoré samedi à Kinshasa par le Rassemblement des Acteurs de la Renaissance du Congo (RAREC), le Général Professeur Docteur Gilbert KABANDA KURHENGA a profité de son échange avec la presse pour préciser sa vision du « dragon d’Afrique », une expression qu’il avait employée quelques instants plus tôt dans son discours de remerciement.
Pour le Ministre honoraire de la Recherche scientifique et Innovation technologique, la République démocratique du Congo dispose des atouts nécessaires pour devenir une grande puissance africaine.
Mais cette ambition, estime-t-il, reste conditionnée à une profonde remise en question de ceux qui dirigent les institutions du pays.
« Le Congo, moi je l’appelle le paradis terrestre. Le Congo a tout reçu de Dieu, plus que d’autres pays », a-t-il affirmé.
Selon lui, le principal obstacle au développement du pays ne réside ni dans l’absence de ressources ni dans le manque de potentiel humain, mais dans les défaillances répétées des élites chargées de conduire la destinée nationale.
Pour étayer son analyse, Gilbert KABANDA KURHENGA a dressé un parallèle entre plusieurs déclarations marquantes des chefs d’État qui se sont succédés à la tête du pays depuis plus de six décennies.
Il a d’abord rappelé les propos du maréchal MOBUTU SESE SEKO à la fin des années 1980, lorsque celui-ci attribuait l’échec de son projet politique au « mal zaïrois », qu’il associait aux cadres de son régime.
L’ancien Ministre a en suite évoqué une déclaration de Laurent-Désiré KABILA qualifiant l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) de « conglomérat d’aventuriers et d’opportunistes ».
Il a également cité l’ancien Président Joseph KABILA KABANGE qui, selon lui, avait reconnu ne pas parvenir à trouver « quinze hommes » capables de gouverner efficacement le pays.
Enfin, Gilbert KABANDA KURHENGA a rappelé les critiques formulées à plusieurs reprises par le Président Félix TSHISEKEDI TSHILOMBO sur le fonctionnement de la justice congolaise.
« Ces quatre Présidents qui totalisent soixante et un ans de gouvernance sont arrivés à la même conclusion sur les cadres congolais », a-t-il fait observé. Pour lui, ce constat récurrent doit interpeller l’ensemble de l’intelligentsia congolaise, qu’il définit comme l’ensemble des responsables politiques, administratifs, universitaires, économiques, religieux et diplomatiques du pays.
« Ces cadres, c’est l’intelligentsia congolaise, celle qui est au gouvernement, au Parlement, dans les universités, dans les entreprises publiques, dans les églises et dans la diplomatie », a-t-il expliqué.
Dans cette perspective, le concept de « dragon d’Afrique » ne renvoie pas uniquement à une ambition économique. Il implique avant tout une transformation morale et professionnelle des élites appelées à conduire le développement national.
Pour Gilbert KABANDA KURHENGA, la RDC demeure la « locomotive naturelle de l’Afrique » grâce à ses ressources humaines et naturelles exceptionnelles. Mais la réalisation de ce potentiel exige, selon lui, une introspection collective.
« Il est impératif que nous, l’intelligentsia, fassions une profonde introspection », a-t-il insisté.
L’ancien Ministre estime que les critiques récurrentes adressées aux cadres congolais depuis plus d’un demi-siècle devraient faire l’objet d’un vaste débat national afin d’identifier les causes profondes de cette situation et d’y apporter des réponses durables.
« Ce diagnostic qui colle à notre intelligentsia depuis soixante et un ans devrait faire l’objet d’un débat national », a-t-il recommandé.
Au-delà de l’hommage que venait de lui rendre le RAREC, Gilbert KABANDA KURHENGA dit avoir surtout apprécié une initiative mettant en avant les valeurs de compétence, d’intégrité, de patriotisme et de service à la nation.
« Cette journée n’était pas en fait un hommage à moi, mais aux valeurs qu’ils prétendent que je représente », a-t-il déclaré. Il fait remarquer que, c’est précisément autour de ces valeurs que devra se construire le « dragon d’Afrique » qu’il appelle de ses vœux : une République démocratique du Congo capable de transformer son immense potentiel en puissance réelle au service de son développement et de celui du continent africain.
Alain NGABO K.
Pascal MASIRIKA B.

