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Kinshasa : Bintou Keita achève son mandat à la tête de la MONUSCO, laissant l’image d’une dirigeante engagée et soucieuse d’écouter les communautés.

La Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies  en République démocratique du Congo, Bintou Keita, est arrivée ce dimanche au terme de son mandat, marqué par des crises successives, des opérations humanitaires d’urgence et un retrait progressif de la MONUSCO. Son bilan et les moments clés de son passage ont été rappelés dans un texte publié sur le site officiel de la mission onusienne, dont s’inspire le présent article.

Nommée en février 2021, Bintou Keita prend les commandes d’une mission « parmi les plus exposées au monde », rappelle la MONUSCO. Elle arrive dans un contexte d’offensives armées répétées, de violences contre les civils et de pressions accrues sur le maintien de la paix. Son mandat se déploie dans une triple urgence : protéger les populations, stabiliser les zones de conflit et préparer la mission à un retrait ordonné, conformément à la volonté du gouvernement congolais et aux résolutions du Conseil de sécurité.

Diplomate d’expérience, forte de plus de trente ans dans les opérations de maintien de la paix et les droits humains, elle avait notamment exercé auparavant comme Sous-Secrétaire générale pour l’Afrique.

Quelques jours après sa prise de fonctions, l’éruption du Nyiragongo plonge Goma dans le chaos. Selon la MONUSCO, Mme Keita ordonne immédiatement la relocalisation de plus de 3 000 employés de l’ONU et de leurs familles, mobilise les unités du génie militaire pour dégager les routes, participe au rétablissement de l’eau potable et soutient la surveillance volcanologique. Elle martèle alors que « sauver des vies était la seule priorité », donnant à la mission une dimension d’ingénierie humanitaire.

Lorsque le M23 relance ses offensives dans le Nord-Kivu et revendique la prise de Goma, Bintou Keita multiplie les descentes sur le terrain. Elle encadre des évacuations sensibles, parfois via la frontière rwandaise, et assume des décisions controversées mais « conformes au mandat de protection des civils », rappelle la Mission.

En juin 2025, dans un geste rare, elle rencontre les rebelles du M23 à Goma où ils ont exprimé leur volonté de trouver une solution pacifique », déclare-t-elle alors.

Sous sa direction, la MONUSCO affronte également une montée des manifestations hostiles. En juillet 2022, les protestations à Goma, Beni et Butembo dégénèrent : bases attaquées, pillages, morts parmi les casques bleus. Mme Keita condamne vivement ces violences et avertit : « S’attaquer aux casques bleus, c’est s’attaquer à la protection des civils ».
Elle alerte aussi sur la désinformation, les discours misogynes et la stigmatisation tribale, qui exacerbent les tensions dans l’Est du pays.

En septembre 2021, un plan de transition conjoint RDC–ONU est signé pour encadrer le retrait de la MONUSCO. Le Tanganyika est la première province à voir partir les casques bleus, suivi du Sud-Kivu où le bureau ferme en juin 2024 après un transfert d’équipements évalué à 10 millions de dollars.

Mme Keita insiste toutefois : « Le départ de la MONUSCO ne signifie pas le départ de l’ONU », rappelant que les agences onusiennes continueront leur appui au pays.

La diplomate fait de la participation des femmes, de la protection des enfants et de la prévention des violences électorales des priorités absolues. Elle soutient les programmes d’inclusion, le suivi des enfants associés aux groupes armés et l’autonomisation des communautés locales. Sa vision, résolument humaine, ancre la paix dans la justice et la dignité des plus vulnérables.

Selon le site onusien, Bintou Keita quitte la RDC en laissant l’image d’une dirigeante engagée, présente sur le terrain et soucieuse d’écouter les communautés. Entre crises sécuritaires, catastrophes naturelles et retrait progressif de la Mission, elle aura défendu une conception élargie du maintien de la paix : diplomatie, génie civil, dialogue et proximité avec les populations.

« On peut laisser derrière soi l’empreinte d’une mission tout en restant profondément lié à un pays », rappelle-t-elle en guise d’adieu.

Alain Ngabo ya Kajemba

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